La fosse commune du pensionnat de Kamloops met au jour les crimes de la colonisation

Une fosse commune contenant les restes de 215 enfants, dont certains n’avaient que trois ans, a été découverte à la fin du mois de mai sur le terrain de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique. Cette découverte macabre, fruit d’une fouille organisée par la Première nation Tk’emlúps te Secwépemc à l’aide d’un géoradar, confirme ce que les survivants et les familles des victimes du système des pensionnats autochtones savent depuis des années, à savoir que de nombreux enfants forcés à fréquenter ces écoles ne sont jamais rentrés chez eux.


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Les crimes de la colonisation ne peuvent être enterrés à jamais

La découverte de la fosse commune a été accueillie avec une colère, un chagrin et une indignation justifiés. La réponse du gouvernement canadien, avec ses larmes de crocodile typiques et ses vagues promesses, ne fait qu’ajouter à l’horreur de la situation.

Le pensionnat de Kamloops a été créé en 1890 et géré par l’Église catholique jusqu’en 1969, date à laquelle il a été repris par le gouvernement fédéral jusqu’à sa fermeture définitive en 1978. Les sévices étaient monnaie courante dans cet établissement. Les décès de ces enfants au pensionnat n’ont pas été documentés. Pour cette raison, et parce que d’autres zones du terrain du pensionnat de Kamloops doivent être fouillées, il est tout à fait possible que d’autres tombes et d’autres corps soient découverts.

Bien que la fosse commune du pensionnat de Kamloops soit la plus importante découverte de ce genre à ce jour, ce n’est pas la première tombe non marquée à être trouvée sur le terrain d’un ancien pensionnat. Au fil des décennies, des tombes et des cimetières non marqués ont été découverts, par exemple, à Regina et à Battleford en Saskatchewan, ou dans leurs environs, et près de Cranbrook en Colombie-Britannique.

Il n’y a jamais eu de politique officielle du gouvernement fédéral sur la façon de traiter les décès d’enfants dans les pensionnats. La seule politique réellement en place était que le ministère des Affaires indiennes refusait d’expédier chez eux les corps des enfants en raison des coûts associés. Par conséquent, ceux qui sont décédés dans les pensionnats ont été enterrés sur les lieux ou à proximité.

La Commission de vérité et de réconciliation (CVR), créée en 2008 dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (le plus important règlement de recours collectif de l’histoire du Canada), a conclu son rapport de 2015 en déclarant que : « Bon nombre, voire la plupart des milliers d’enfants qui sont décédés dans les pensionnats sont probablement ensevelis dans des tombes non marquées qui ne sont pas entretenues. »

Comme l’a rapporté le Globe and Mail, « la commission a utilisé des images satellites et des cartes sur un échantillon de terrains scolaires dans le but de localiser des tombes non marquées, et a trouvé de possibles cimetières « dans un nombre étonnamment élevé » d’endroits ». La CVR a demandé 1,5 million de dollars il y a plus de dix ans pour rechercher des tombes non marquées dans les anciens pensionnats, mais cette requête a été refusée par le gouvernement fédéral de Stephen Harper.

Alors que la CVR a pu confirmer la mort de 3200 enfants dans les pensionnats autochtones, les estimations du nombre total de décès étaient initialement de l’ordre de 6000 ou plus. Le Centre national pour la vérité et la réconciliation, créé après la publication du rapport de la CVR, a jusqu’à présent confirmé l’identité de 4117 enfants décédés après avoir fréquenté un pensionnat. Les causes de décès comprenaient les maladies (50% de tuberculose), les incendies et les suicides, et de nombreux enfants sont morts par exposition aux éléments en tentant de s’échapper.

Cependant, ces chiffres ne présentent pas un tableau complet. Selon l’ancien sénateur Murray Sinclair, qui a présidé la CVR, le nombre total d’enfants décédés dans les pensionnats pourrait s’élever à 15 000. Cela s’explique par le fait que le gouvernement canadien n’a autorisé que 139 écoles à faire partie de la CVR, alors qu’en réalité, il y avait plus de 1300 écoles, gérées par diverses confessions religieuses et par les provinces, en plus de celles gérées par le gouvernement fédéral. Ces écoles n’ont pas été incluses dans l’enquête ou le rapport de la CVR.

De plus, pour un peu moins d’un tiers des 3200 décès confirmés par la CVR, il n’y avait aucune trace du nom de l’enfant décédé. Pour environ un quart d’entre eux, il n’y avait aucune trace du sexe de l’enfant; et pour près de la moitié d’entre eux, il n’y avait aucune trace de la cause du décès. Entre 1936 et 1944 seulement, 200 000 dossiers des Affaires indiennes ont été détruits.

L’héritage persistant du colonialisme

Le premier ministre Justin Trudeau a réagi à l’annonce de la découverte d’un charnier à Kamloops en la qualifiant de « rappel douloureux de ce chapitre sombre et honteux de l’histoire de notre pays ». L’hypocrisie de Trudeau ne connaît vraiment aucune limite. Le système des pensionnats ne constitue pas simplement un chapitre sombre et honteux de l’histoire du Canada. Les fondements mêmes du Canada reposent sur l’oppression, l’asservissement et l’exploitation des peuples autochtones, qui se poursuivent encore aujourd’hui. Ce « chapitre » de l’histoire du Canada n’a jamais été clos. Il suffit de regarder la lutte à Baffinland, celle des défenseurs des terres de 1492 Land Back Lane, celle des Mi’kmaq pour leurs droits de pêche ou encore la lutte de Wet’suwet’en pour s’en convaincre.

La Commission de vérité et de réconciliation a déclaré que le système des pensionnats était un acte de génocide culturel. L’horrible découverte faite sur le terrain du pensionnat de Kamloops n’est probablement que la pointe de l’iceberg. Comme l’a dit le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, « Kamloops n’est qu’une seule école. J’ai déjà dit que le système des pensionnats était un génocide contre les peuples des Premières Nations, les peuples autochtones. En voilà la preuve. Personne ne peut le nier. »

Le système des pensionnats faisait en fait partie d’un ensemble plus vaste de politiques de génocide des peuples autochtones au cours des siècles de colonisation, non seulement au Canada mais dans toutes les Amériques. On estime qu’entre 1492 et 1900, il y a eu environ 175 millions de morts autochtones en trop dans les Amériques, avec une réduction de 95% de leur population au cours de cette période. L’historien David Stannard a expliqué que les peuples autochtones des Amériques ont subi « le pire holocauste humain dont le monde ait jamais été témoin, traversant deux continents sans interruption pendant quatre siècles et consumant la vie d’innombrables dizaines de millions de personnes ».

L’objectif des pensionnats

Bien que la découverte du charnier de Kamloops soit horrible, déchirante et révoltante, elle ne devrait pas être une surprise. L’existence de ces fosses communes est un secret de polichinelle depuis des décennies. Les communautés autochtones savaient que nombre de leurs enfants ne reviendraient pas à la maison. Les survivants signalaient les violences généralisées et les décès dans les pensionnats, mais rien n’était fait. Le gouvernement fédéral de l’époque savait que les enfants mouraient à un rythme alarmant et, à partir d’un certain moment, il a payé pour certaines des inhumations.

Des années 1870 jusqu’à la fermeture du dernier pensionnat en 1996, au moins 150 000 enfants des Premières nations, métis et inuits ont fréquenté les pensionnats du Canada. Après 1894, la fréquentation était obligatoire pour les enfants des Premières nations. L’objectif de ces écoles n’était pas d’éduquer, mais de briser le lien des enfants autochtones avec leur culture et leur identité. C’est pourquoi la Commission de vérité et de réconciliation a conclu que le système des pensionnats constituait un génocide culturel.

Dans un discours devant le Parlement en 1883, le premier premier ministre du Canada et l’un des pères de la Confédération, John A. Macdonald, a déclaré :

« Lorsque l’école est sur la réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont sauvages; il est entouré de sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et écrire, ses habitudes, son éducation domestique, et ses façons de penser, restent celles des sauvages. En un mot, c’est un sauvage capable de lire et d’écrire. On a fortement insisté auprès de moi, comme chef du département de l’Intérieur, pour soustraire autant que possible les enfants sauvages à l’influence de leurs parents. Or, le seul moyen d’y réussir serait de placer ces enfants dans des écoles industrielles centrales, où ils adopteraient les habitudes et les façons de penser des blancs. »

En rompant le lien des enfants avec leur culture et leurs traditions, on espérait en faire des travailleurs salariés malléables à la fin de leurs études, au lieu de compter sur leurs formes traditionnelles de survie. Nombre de ces établissements étaient spécifiquement conçus pour forcer les enfants autochtones à effectuer des travaux agricoles et mécaniques, et étaient souvent appelés écoles de « travail manuel » et écoles « industrielles ». En raison d’un grave manque de financement, les pensionnats dépendaient souvent du travail forcé des enfants qui les fréquentaient pour les réparations et l’entretien. Ce travail forcé était souvent brutal, interférait avec tout apprentissage réel et était présenté comme quelque chose de positif en disant qu’il s’agissait d’une « formation professionnelle ».

La Loi sur les Indiens donnait aux Affaires indiennes le pouvoir d’enlever de force les enfants de leur foyer. De nombreux enfants ont été kidnappés par les autorités de l’État – souvent par la GRC, en partenariat avec l’Église.

La GRC a joué un rôle direct dans le rapt des enfants destinés à être emmenés dans les pensionnats. Comme l’a expliqué un survivant : « Un jour, [mes parents] étaient partis cueillir des baies, et je jouais avec deux autres enfants dans la cour de la maison… quand un membre de la GRC, un prêtre et deux religieuses sont arrivés et m’ont attrapé dans la cour et jeté dans un chariot. On appelle ça un kidnapping. Nous n’avions pas notre mot à dire à cette époque. »

Les pratiques spirituelles et culturelles étaient interdites dans les pensionnats et les enfants n’étaient pas autorisés à parler leur propre langue. Les élèves étaient également soumis à un programme d’assimilation forcée, supprimant toute affiliation tribale ou tout droit issu de traités. Dans la tradition classique du double langage bureaucratique, ce processus était connu sous le nom d’« émancipation ». Pour déshumaniser les élèves, de nombreux pensionnats les désignaient par des numéros.

Les punitions pour écart de conduite étaient souvent brutales et violentes. On rapporte que des enfants étaient fouettés, battus, qu’on leur rasait la tête, qu’ils étaient enfermés dans de petites cellules de confinement pendant des semaines, qu’on les nourrissait exclusivement d’eau et de pain, qu’on leur baissait le pantalon et qu’ils étaient humiliés en public. Les agressions physiques et sexuelles étaient monnaie courante. Les soins de santé et la nutrition de mauvaise qualité étaient la norme. Les responsables du gouvernement et de l’église ont été informés des problèmes à de nombreuses reprises, mais rien n’a jamais été fait pour mettre fin aux sévices. Cela s’explique par le fait que ces pratiques faisaient partie intégrante de la conception du système des pensionnats, tant de manière implicite qu’explicite.

De retour chez eux après des années de séparation avec leur famille, et incapables de parler la langue de leurs aînés, les élèves se retrouvaient étrangers à leur communauté traditionnelle. Ils n’ont pas reçu l’attention bienveillante dont les enfants ont besoin pour développer des relations saines dans leur vie d’adulte, ce qui a entraîné des cycles de violence et des problèmes de santé mentale transmis de génération en génération, créant ainsi des cycles de traumatismes intergénérationnels qui continuent à infliger et à réinfliger des blessures aux communautés autochtones jusqu’à ce jour.

En plus des pensionnats, il y a eu ce qu’on a appelé la rafle des années 60, qui était une continuation de la politique de « tuer l’Indien dans l’enfant » qui avait inspiré le système des pensionnats. Lorsque le gouvernement canadien a commencé à éliminer progressivement le système de pensionnats obligatoires dans les années 1950 et 1960, la rafle a été mise en place. En 1951, les services provinciaux de protection de l’enfance ont été étendus aux enfants autochtones. Au lieu d’envoyer les enfants dans des pensionnats discrédités, les agents de protection de l’enfance enlevaient les enfants autochtones en grand nombre. Ces enfants ont souvent vu leur culture effacée en étant envoyés dans des foyers d’accueil non autochtones, où les mauvais traitements étaient fréquents.

Larmes de crocodile

En réponse à la découverte du charnier, Trudeau a ordonné que les drapeaux des édifices fédéraux soient mis en berne et a promis des « mesures concrètes ». Le gouvernement Trudeau a promis un soutien accru aux survivants des pensionnats ainsi que l’aide du gouvernement fédéral pour préserver les tombes et trouver d’autres sépultures non marquées sur les terrains d’autres anciens pensionnats. Fidèle à ses habitudes, ces promesses du gouvernement libéral ne sont accompagnées d’aucun détail concret.

Le gouvernement fédéral a déjà versé plus de 4 milliards de dollars en indemnisation aux victimes du système des pensionnats. Pour donner une idée de la prévalence des sévices commis dans les pensionnats, ces dédommagements concernent près de 38 000 cas d’agression sexuelle ou d’agression sexuelle grave parmi les 80 000 survivants encore en vie aujourd’hui. La découverte d’autres fosses communes et cimetières et une enquête médico-légale appropriée sur ces sites coûteront de l’argent – de l’argent que le gouvernement fédéral ne voudra pas dépenser – et l’identification correcte des victimes entraînera, selon toute probabilité, d’autres demandes d’indemnisation. Le gouvernement fédéral a déjà montré qu’il était prêt à dépenser beaucoup d’argent pour empêcher les survivants des pensionnats de demander une indemnisation.

Il suffit de regarder la question de l’eau potable dans les collectivités autochtones pour voir la valeur des promesses de Trudeau et du gouvernement fédéral. Trudeau est arrivé au pouvoir en promettant de mettre fin aux avis d’ébullition de l’eau dans les réserves avant mars de cette année. Le gouvernement est revenu sur cette promesse et a expliqué que les avis seraient désormais levés « dès que possible ». Il est absolument scandaleux que ces avis d’ébullition de l’eau ne puissent pas être levés (il y a actuellement 52 avis à long terme dans les réserves du pays) et que, dans certains cas, les collectivités autochtones attendent la réparation de leurs aqueducs depuis plus de 25 ans.

Dans le budget de cette année, les libéraux ont promis 18 milliards de dollars sur cinq ans pour les collectivités autochtones. Il s’agit d’une augmentation considérable du financement par rapport aux 4,5 milliards de dollars annoncés dans le budget de 2019. Après des manifestations massives contre l’oppression des peuples autochtones, les libéraux ont décidé d’essayer d’acheter la paix. Cependant, même ce montant n’absout pas les libéraux de leur promesse non tenue de mettre fin aux avis d’ébullition de l’eau dans les réserves. Un montant de 1,7 milliard de dollars est prévu pour l’infrastructure des réserves, soit moins de la moitié du montant nécessaire pour résoudre le scandale, et aucun échéancier n’a été fixé. Ce qui est encore plus exaspérant, c’est qu’alors que le gouvernement canadien continue de refuser de consacrer les fonds nécessaires pour réparer les aqueducs des collectivités autochtones, il était plus que disposé à dépenser près du double pour acheter un oléoduc qui traverse de force les terres autochtones.

L’État canadien a démontré à plusieurs reprises qu’il n’est pas l’ami des communautés autochtones. Malgré des décennies de promesses de la part du gouvernement canadien, peu de choses ont été faites pour améliorer la qualité de vie des peuples autochtones dans les réserves ou en dehors, ou pour remédier aux traumatismes infligés par cet État depuis des générations.

Pour donner une idée des niveaux de pauvreté dans les communautés autochtones, plus de 80% des réserves ont un revenu médian inférieur au taux de pauvreté, et le revenu médian des autochtones, tant sur les réserves qu’en dehors, est inférieur de 30% à celui du reste de la population. Environ la moitié des enfants des Premières nations vivent dans la pauvreté. Le taux d’incarcération des Autochtones est dix fois plus élevé que celui de la population non autochtone. Près de la moitié de toutes les réserves du Canada ont besoin d’une nouvelle école, et plus de 40% de toutes les maisons des réserves ont besoin de réparations urgentes.

Les politiciens bourgeois versent de temps à autre des larmes de crocodile pour les femmes autochtones disparues et assassinées, pour les familles qui ont perdu leurs proches par suicide, et maintenant pour les victimes de violences dans les pensionnats. Pourtant, ces mêmes politiciens restent les bras croisés et ne font absolument rien pour remédier à la misère sous-jacente des communautés autochtones, causée par les sévices et la négligence de l’État lui-même.

Honorer les morts et se battre pour les vivants

La Fédération du travail de l’Ontario et la Fédération du travail de l’Alberta (AFL) ont demandé la tenue d’une journée nationale de deuil et de commémoration et la recherche d’autres tombes sur d’autres sites d’anciens pensionnats. Fait important, l’AFL a également demandé « le retrait des noms des architectes du système des écoles et des bâtiments publics; et une enquête sur le système actuel de protection de l’enfance, qui continue de séparer les enfants autochtones de leurs familles et de leur culture ».

Ces demandes sont un bon début, mais il faut faire plus. Alors que le gouvernement fédéral et la plupart des églises responsables du système des pensionnats ont présenté des excuses officielles, l’Église catholique a refusé de présenter des excuses, qui ne seraient de toute façon que symboliques. Plus important encore, l’Église catholique a refusé de publier des documents concernant les décès d’enfants et les tombes non marquées sur les sites des anciens pensionnats. Le gouvernement fédéral possède également des documents qu’il n’a pas divulgués, et il s’est déjà battu contre la divulgation de documents relatifs à l’affaire Sainte-Anne.

Ces documents sont essentiels à toute enquête sur la mort d’enfants dans les pensionnats et ont un lien direct avec le cas du pensionnat de Kamloops. Par exemple, selon Mary Ellen Turpel-Lafond, directrice du Indian Residential School History and Dialogue Centre de l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver, lorsque la Commission de vérité et de réconciliation a tenté de découvrir ce qui s’était passé dans les pensionnats, on lui a dit que seulement 50 décès avaient eu lieu au pensionnat de Kamloops.

Les crimes et les exactions commis dans les pensionnats ne sont pas de l’histoire ancienne. Le dernier pensionnat n’a fermé ses portes qu’en 1996, et celui de Kamloops en particulier n’a fermé qu’à la fin des années 1970. Tout d’abord, les communautés autochtones elles-mêmes doivent être chargées de toutes les enquêtes. Les communautés autochtones et le mouvement ouvrier élargi doivent faire front commun et exiger la publication de tous les documents de l’Église catholique et des gouvernements à tous les paliers, et exiger que les responsables de ces sévices et de ces crimes, tant les individus que les institutions, soient poursuivis et tenus responsables.

Nous ne pouvons pas limiter notre lutte pour la justice et la libération des Autochtones à la question des pensionnats. Tous les projets contestés d’oléoducs, de mines et de complexes immobiliers qui empiètent sur les terres et les droits des Autochtones doivent être arrêtés immédiatement. L’argent dépensé pour ces projets doit être utilisé pour mettre fin aux avis d’ébullition de l’eau et pour résoudre la profonde crise des infrastructures dans les collectivités autochtones. L’argent dépensé pour tous ces projets d’entreprise pourrait servir à réparer tous les systèmes d’aqueduc ainsi que les maisons, les installations médicales et les écoles, qui sont tous gravement sous-financés dans les collectivités autochtones.

Les territoires traditionnels non cédés doivent être reconnus et restitués immédiatement aux communautés indigènes concernées. Dans des cas comme celui de la lutte des Haudenosaunee, nous devons nous battre pour que cesse le harcèlement policier contre 1492 Landback Lane. Toutes ces terres volées et promises doivent être restituées sans délai aux Haudenosaunee et à toutes les autres communautés engagées dans des conflits territoriaux similaires.

La solidarité des travailleurs de la Baffinland Iron Mines Corporation avec leurs frères et sœurs autochtones nous montre la voie à suivre. Ces sentiments de solidarité avec la lutte autochtone doivent être développés davantage par le mouvement syndical. La lutte autochtone est intrinsèquement anticapitaliste et fait partie intégrante de la lutte des classes au Canada. Tous les exemples de lutte dont nous avons été témoins ces dernières années opposaient des Autochtones à une entreprise privée empiétant sur leurs terres. Ce sont ces mêmes capitalistes contre lesquels la classe ouvrière au sens large se bat. La mobilisation des syndicats contre les projets des entreprises ne ferait que renforcer la lutte contre l’exploitation et l’oppression continues des peuples autochtones. Pour que cela devienne une réalité, le mouvement syndical doit s’associer fermement à la lutte menée par les peuples autochtones.

L’État capitaliste ne peut permettre qu’une réconciliation significative ait lieu, car cela porterait fondamentalement atteinte aux intérêts de la classe capitaliste. Les petits gestes et les excuses larmoyantes ne peuvent réconcilier les peuples autochtones avec tout ce qui leur a été enlevé. Même si les visages de la classe capitaliste changent, la réalité reste la même. Comme Trudeau l’a démontré à maintes reprises, la réconciliation n’est qu’une diversion alors que les droits des Autochtones continuent d’être bafoués et que des profits massifs continuent d’être réalisés.

Tant que l’État canadien restera sous le contrôle des capitalistes, leur quête incessante de profits issus de l’exploitation des terres et des ressources du Canada se poursuivra. Le mépris des droits territoriaux et des droits issus de traités des Autochtones qui en découle représente une contradiction irréconciliable entre l’État canadien et les peuples autochtones. Cet État capitaliste doit être renversé. C’est ce même État qui réprime non seulement les peuples autochtones, mais aussi tous les travailleurs et les opprimés du Canada. L’unité des travailleurs et des opprimés est un élément clé pour renverser l’État capitaliste. Grâce à l’unité des travailleurs autochtones et non autochtones et au respect de la souveraineté autochtone, de leurs droits à la terre et aux ressources, les peuples autochtones auraient enfin le pouvoir de déterminer démocratiquement leur propre destin. Ensemble, nous pourrions construire une société socialiste basée sur le contrôle démocratique par le bas pour la satisfaction des besoins humains plutôt que l’exploitation, le profit et la destruction environnementale engendrés par le capitalisme.

Après des siècles d’exploitation, de génocide et de sévices, il n’y a aucune possibilité de réconciliation entre les peuples autochtones et leurs exploiteurs, les capitalistes et leur État canadien. Tant que le capitalisme continuera de régner sur la terre, ces crimes se poursuivront. La voie à suivre pour la véritable libération des peuples autochtones est l’unité de classe et la lutte pour notre avenir socialiste. Si nous restons fermes dans notre unité de classe, et si nous nous engageons à honorer la mémoire des morts et à lutter pour les vivants, nous pouvons renverser ce système pourri.