La débâcle du capitalisme - Edito du n°42

L’actuelle crise sanitaire marque un tournant de l’histoire mondiale. Ses répercussions économiques, sociales et politiques seront colossales. La réaction en chaîne qui a commencé en décembre 2019, dans un marché couvert de Wuhan, ne s’éteindra pas avec le reflux de la pandémie.


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Tous les éléments d’une nouvelle récession mondiale se sont accumulés avant la propagation du Covid-19, qui a simplement joué le rôle de catalyseur. La chute de la production au premier semestre 2020 sera vertigineuse. Elle infligera une profonde blessure au corps social. Aux Etats-Unis, par exemple, des millions de travailleurs vont perdre leur emploi.

Les économistes bourgeois s’accrochent désespérément à la perspective d’un rebond de la production dans les mois qui suivront la fin du confinement, grâce à un retour en force de la demande. On ne peut l’exclure. Cependant, beaucoup de facteurs risquent de miner la demande, à commencer par une augmentation du chômage – et la peur d’y tomber. Par ailleurs, le château de cartes des marchés financiers peut s’effondrer du jour au lendemain, entrainant toute l’économie dans sa chute. S’il y a un rebond dans quelques mois, il sera comme ces boxeurs qui, sonnés, se relèvent une dernière fois.

Orgie monétaire et austérité

Dans l’immédiat, comme lors de la crise de 2008-2009, les apologistes du « libre marché » pivotent de 180 degrés et réclament des provisions illimitées de liquidités aux Etats et aux Banques Centrales. Ces derniers répondent avec une générosité sans failles : les annonces de « plans de soutien », de « garanties de l’Etat » et autres subventions massives se multiplient, à coup de centaines et de milliers de milliards d’euros.

A qui tout cet argent est-il destiné ? Aux pauvres ? Aux chômeurs ? Aux malades ? Aux services publics ? Non. Aux mêmes qu’en 2008-2009 : aux banques et aux multinationales. Puis, cette fois encore, la lourde facture sera présentée aux jeunes, aux travailleurs, aux classes moyennes et aux retraités, sous la forme de politiques d’austérité drastiques, d’augmentations d’impôts et d’une remise en cause systématique de nos conquêtes sociales. On s’en fait une première idée avec les récentes ordonnances du gouvernement Macron sur le temps de travail hebdomadaire, les jours de RTT et les congés payés. Ces mesures, qui piétinent le Code du travail, ont été imposées au nom de l’urgence sanitaire. Mais une fois celle-ci passée, le gouvernement évoquera « l’urgence économique » pour prolonger et aggraver ces mesures anti-sociales.

Lutte des classes

Tout ceci prépare une énorme intensification de la lutte des classes. D’ores et déjà, la calamiteuse gestion de la crise sanitaire par les gouvernements et les classes dirigeantes a un puissant impact sur la conscience des masses, qui ont été brutalement arrachées à la routine du quotidien. L’épidémie agit comme un révélateur de toutes les contradictions du système capitaliste. Il révèle au grand jour les conséquences dramatiques des coupes budgétaires qui, dans les pays les plus développés, ont saccagé les systèmes de Santé publique. Dans les pays les plus pauvres, où la Santé publique est un mot creux, la propagation du virus menace de faire un nombre effroyable de victimes.

Le mardi 31 mars, Macron déclarait : « toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n’avons pas gagné la guerre, sont irresponsables ». Dans ce cas, la France compte aujourd’hui des millions d’« irresponsables », car dans la masse de la population le procès des authentiques responsables de la débâcle se tient sept jours sur sept, du matin au soir.

Les questions et les pièces à conviction s’accumulent. Où sont les masques ? Pourquoi y avait-il aussi peu de stocks avant la crise ? Pourquoi en a-t-on produit si peu ces deux derniers mois ? Pourquoi n’a-t-on pas suffisamment de tests ? Pourquoi tous ceux qui travaillent dans des secteurs non essentiels ne sont-ils pas confinés ? Est-ce que leur vie ne compte pas ? Est-il indispensable, ces temps-ci, de produire des bateaux, des voitures et des avions ? Quels intérêts privés sert cette aberrante « politique sanitaire » ?

Les témoins à charge se succèdent : médecins, infirmiers, responsables de services hospitaliers, dont bon nombre étaient politiquement modérés, jusqu’alors, mais qui disent aujourd’hui en langage clair, net, irrécusable, tout le mal qu’ils pensent de la politique actuelle et passée du gouvernement. Ils fustigent les mensonges officiels qui visent à justifier ou minimiser les pénuries – de personnel, de masques, de tests, de lits, de gel, de tout.

Oui, le procès s’est ouvert, n’en déplaise à Macron, et il se poursuivra bien au-delà de l’épidémie. L’identité du coupable – le système capitaliste – finira par être établie. Alors tombera la sentence : « révolution » !

Un programme d’urgence

Macron et la classe dirigeante sont prêts à sacrifier la vie de milliers de travailleurs – pourvu que l’économie continue de tourner, que le CAC 40 tienne bon, que les banques résistent, que les profits soient sauvegardés. Sous le capitalisme, la course aux profits domine tout le reste : cette vérité est en train de pénétrer dans la conscience de millions de jeunes et de travailleurs.

Comme en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et ailleurs, des salariés se mobilisent, en France, pour se protéger du virus, mais aussi protéger leur famille et leurs collègues. Des grèves ont éclaté dans différents secteurs, soit pour réclamer la fermeture temporaire de l’entreprise, soit pour exiger des mesures de protection dignes de ce nom.

Les organisations du mouvement ouvrier doivent soutenir ces luttes de toutes leurs forces. Elles doivent aussi rejeter les appels à « l’union nationale » et opposer leur programme d’urgence à la politique criminelle du gouvernement. Ce programme doit être à la hauteur de la situation – et donc s’articuler autour des mesures suivantes :

- Toutes les entreprises non essentielles doivent suspendre leurs activités ; leurs travailleurs doivent toucher l’intégralité de leur salaire. Quelles entreprises sont essentielles et lesquelles ne le sont pas ? Cette décision doit revenir aux travailleurs et à leurs organisations syndicales, puisque le gouvernement prétend « ne pas le savoir ».

- Dans les entreprises et les services qui ne peuvent pas fermer, les travailleurs et leurs syndicats doivent prendre le contrôle des opérations. Ils doivent décider de l’organisation du travail, de la rotation des effectifs, du temps de travail, des horaires d’ouverture au public, des embauches et de toutes les autres mesures à prendre pour minimiser les risques de contagion. Le contrôle ouvrier doit se généraliser.

- Les cliniques privées et l’ensemble du secteur pharmaceutique doivent être nationalisés, y compris les nombreux sous-traitants, dont les salariés doivent être intégrés au secteur public. Cela vaut également pour toutes les entreprises qui produisent – ou peuvent produire – du matériel médical : ventilateurs, masques, blouses, gel, etc. Un plan d’embauche massif d’infirmiers et d’aides-soignants doit être lancé immédiatement.

- Des logements privés – et notamment de grands hôtels – qui peuvent être convertis en hôpitaux doivent être réquisitionnés. Par ailleurs, il faut réquisitionner des dizaines de milliers de logements vides qui appartiennent aux banques et autres spéculateurs immobiliers, de façon à y loger les SDF et les migrants.

- La distribution de nourriture doit être garantie à tous ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter – ou de se déplacer. Dans les magasins, les prix doivent faire l’objet d’un contrôle strict. Pour éviter toute spéculation, les mastodontes de la grande distribution (Carrefour, Leclerc, etc.) doivent être nationalisés et placés sous le contrôle démocratique de leurs salariés.

- Toutes les grandes entreprises menacées de fermeture doivent être nationalisées. Toutes les petites entreprises en difficulté doivent être financièrement soutenues par l’Etat, de façon à y sauvegarder les emplois. Mais ces dernières mesures, comme l’ensemble du programme ci-dessus, ne doivent pas être financées en creusant la dette publique. Il faut nationaliser l’ensemble des banques privées et les fusionner en une seule banque publique d’Etat. Par ailleurs, il faut taxer massivement les foyers les plus riches, ces « 1 % » de capitalistes et de spéculateurs qui contrôlent une large part des richesses du pays. Ils sont responsables de la crise actuelle ; c’est à eux d’en faire les frais !